Quatre ans après sa première apparition dans l'émission de Zack Nani au lendemain de sa victoire contre Tai Tuivasa lors du tout premier UFC Paris, Ciryl Gane (14-2-0, 1 NC MMA, 11-2-0, 1NC UFC) a retrouvé les micros du créateur de contenu pour un bilan complet de son parcours. À 36 ans, le champion tricolore affiche une maturité forgée par les sommets et les épreuves d'une trajectoire fulgurante.

Des combats disputés avec de lourdes blessures

L'un des passages les plus saisissants de l'entretien concerne la capacité du combattant français à faire face à la douleur sans rien laisser paraître dans la cage. Gane a notamment révélé avoir terminé plusieurs affrontements majeurs avec des fractures sérieuses.

Lors de sa revanche face à Alexander Volkov en décembre 2024, il s'est ainsi retrouvé privé de ses appuis dès les premières secondes :

« Face à Alexander Volkov, je fais tout le combat avec le gros orteil fracturé et les deuxième et troisième métatarses complètement cassés dès la première minute. Les gens disaient sur le moment que j'étais bizarre, que je ne bougeais pas comme d'habitude. C'est normal, je n'avais plus qu'un seul pied. J'ai dû adapter ma stratégie, changer de niveau pour l'amener au sol et serrer les dents pendant quinze minutes pour arracher la décision. »

Ce scénario n'était pas inédit. Déjà contre Tai Tuivasa en septembre 2022, le Français s'était brisé la main droite dès la deuxième reprise, continuant malgré tout à envoyer des frappes lourdes pour obtenir le finish. Plus tôt encore, juste avant ses débuts à l'UFC face à Adam Dyczka, il avait combattu avec un pneumothorax survenu au premier round, combiné à une luxation du gros orteil.

La défaite face à Jon Jones, un électrochoc salutaire

Revenant sur sa défaite expéditive face à Jon Jones en mars 2023, Gane a analysé sans détour ses erreurs techniques et le manque de préparation. Accepté en seulement cinq semaines dans un contexte d'attente prolongée, ce combat s'est joué sur un non-respect flagrant du plan de jeu établi :

« Ce combat, j'étais absent, je ne suis pas dedans. Sur le plan de jeu, c'était écrit en gras : jamais de bras arrière d'entrée. Et qu'est-ce que je fais ? J'envoie un bras arrière dès la première minute. Ma deuxième erreur a été de vouloir me relever tout de suite contre la cage au lieu de temporiser et d'accepter le combat au sol. »

Sur le plan psychologique, ce revers a agi comme une rupture. Face à la dureté et à la versatilité des réseaux sociaux, le Français a entamé un travail approfondi avec un préparateur mental pour apprendre à combattre d'abord pour lui-même et non pour l'opinion publique :

« Cette défaite face à Jones est paradoxalement la meilleure chose qui me soit arrivée. Elle m'a complètement reconstruit. Quand tout va bien, les gens te montent très haut, et dès que tu trébuches, ils t'enterrent. J'ai compris qu'il fallait faire les choses pour soi. Depuis ce moment, je ne suis plus le même homme ni le même athlète. »

Le dénouement amer face à Tom Aspinall et la démonstration contre Alex Pereira

Interrogé sur le combat pour le titre face à Tom Aspinall, conclu prématurément par un « no contest » suite à un doigt dans l'œil involontaire, Gane a expliqué le geste réflexe issu de son bagage en muay-thaï :

« En boxe thaï, quand tu envoies une jambe, ta main opposée part devant pour faire barrière. Aspinall est rentré la tête en premier à cet instant précis. C'est un incident qui arrive quasiment chaque week-end sur les cartes, mais les gens ont fait une fixation sur moi en me traitant de tricheur. Nous avions fait une préparation parfaite en travaillant énormément le démarrage pour casser son explosivité, et je sentais qu'il commençait à fatiguer à partir de la troisième minute. Ne pas avoir de dénouement après autant de sacrifices a été une frustration immense. »

Cette déception a été effacée par son sacre intérimaire à l'UFC White House face à Alex Pereira, une prestation qu'il qualifie de « plus belle victoire de sa carrière » :

« Sur le plan tactique, nous avons réalisé un sans-faute. Ma vitesse, mes déplacements et ma gestion de distance ont complètement neutralisé la prise de masse de Pereira chez les lourds. J'ai aussi voulu me faire plaisir avec mon entrée sur un morceau traditionnel de Gwo Ka en hommage aux racines guadeloupéennes de mon père. C'était un moment parfaitement aligné. »

La promotion du MMA français et la série « L'Arène »

Au-delà de son actualité dans l'octogone, Gane s'est félicité de l'expansion du MMA en France, citant l'ancrage d'Ares à l'Adidas Arena et la qualité des cartes parisiennes de l'UFC, saluant au passage la performance d'Axel Sola face à Farès Ziam et l'entrée dans le top 10 des poids légers de Salahdine Parnasse.

L'athlète de 36 ans a également évoqué son rôle de mentor dans la série de téléréalité sportive « L'Arène », disponible sur Netflix à partir du 30 septembre. Aux côtés de Benoît Saint-Denis et Cedric Doumbe, il y encadre 38 combattants amateurs et semi-pros en quête d'un contrat professionnel et de 100 000 euros, mettant en avant la maturité et les histoires humaines fortes des participants.

Les sacrifices familiaux et l'envie d'enchaîner

En conclusion de cet entretien, Ciryl Gane a partagé une réflexion très personnelle sur le coût humain de sa carrière au très haut niveau. Contraint de s'éloigner régulièrement de sa femme et de ses filles pour s'entraîner à Dubaï avec des spécialistes de la lutte et du sol, le combattant ne cache pas le poids des absences :

« L'année dernière, en cumulé, j'ai passé moins de trois mois avec ma famille. Tu ne peux pas être le meilleur père, le meilleur mari et le meilleur combattant du monde en même temps. Il y a un prix à payer. Récemment, ma fille de cinq ans a vu que je partais cinq minutes et elle a demandé à sa mère si je repartais encore pour un camp. Ça te prend aux tripes. C'est pour cela que je veux enchaîner les combats maintenant, tant que je suis au sommet de ma maturité sportive, pour aller chercher la ceinture incontestée et pouvoir ensuite me consacrer totalement aux miens. »


Source : Zack Nani